Origine et histoire de la lignée Yang  

Suite 2/3…

D’un statut de serviteur au sein d’un clan de province, Yang Lu Chan se trouva propulsé dans les hautes sphères martiales, enseignant aux princes et généraux de la dynastie Qing.

Mais la situation ne fut pas aussi confortable qu’il y paraît car il était exclu de semer à tous vents les secrets à l’origine de son extraordinaire maîtrise. 

Son enseignement se divisa donc en deux catégories : à destination des princes et notables, des techniques martiales avec leurs règles biomécaniques subtiles ainsi que quelques pratiques énergétiques suffisantes pour crédibiliser son enseignement, et à destination de ses trois fils, les techniques secrètes qui fondaient sa maîtrise. Ce fut le début de la lignée Yang et c’est durant cette période qu’il acquit à la cour impériale le surnom de « Yang l’invincible ».

La cour drainant voire réquisitionnant tout ce que le pays comptait de talents dans des disciplines aussi diverses que les arts martiaux, la médecine, les arts énergétiques taoïstes etc… Yang Lu Chan et ses descendants eurent tout le loisir de rencontrer et échanger avec des experts dans ces différents domaines et ainsi d’enrichir leurs connaissances. Ces savoirs furent intégrés dans un ensemble cohérent qui fonde la richesse de l’enseignement Yang. 

Pratique martiale, connaissance énergétique, alchimie interne et méditation devinrent la marque du style Yang et la raison de son incroyable développement en Chine.

Des trois fils de Yang Lu Chan, seuls Yang Ban Hou et Yang Jian Hou continuèrent la transmission de la tradition familiale :

Yang Ban Hou devint lui aussi instructeur de la garde personnelle de l’empereur. C’est en assurant cette fonction qu’il rencontra et forma Wu Quan Yu dont le fils fut à l’origine du style Wu troisième école de Tai Chi.

Yang Jian Hou, peu enclin à enseigner aux notables de la dynastie Qing créa sa propre école. Son niveau exceptionnel et sa gentillesse lui amenèrent de très nombreux élèves et ses deux fils, Yang Shao Hou et Yang Cheng Fu perpétuèrent à leur tour la tradition.

Yang Shao Hou reçut l’enseignement de son grand père (Yang Lu Chan) de son père (Yang Jian Hou) et de son oncle (Yang Ban Hou). Réputé pour l’extrême dureté de son enseignement, il n’eut que peu d’élèves.

Son frère cadet, Yang Cheng Fu, d’un caractère plus agréable, entrepris de diffuser le style Yang en Chine, aidé en cela par son fils aîné, Yang Sau Chung.

Là encore, il y eut deux types d’enseignements. L’un à destination d’un public plus ou moins averti, l’autre à destination de ses disciples. On lui en connaît quatre : Yang Sau Chung, son propre fils, Chen Wei Ming, Dong Ying Jie et Cheng Man Ch’ing.

Entre 1914 et 1928, dans le cadre d’un grand mouvement de remise en forme de la population chinoise, Yang Cheng Fu participa avec son frère Yang Shao Hou à la création d’une forme simplifiée au sein de l’Institut de Recherche en Culture Physique de Pékin. Ils furent aidés dans cette tâche par Wu Jian Quan (style Wu) et Sun Lu Tang (style Sun).

Cette forme, en 24 ou 48 mouvements, connue sous le nom de forme de Pékin, se diffusa en Chine dans le cadre des instituts gymniques et sportifs puis dans le monde entier.

Bien loin de l’enseignement transmis à la famille et aux disciples, cette forme très simplifiée et vidée de tous ses contenus énergétiques et méditatifs profonds eut le mérite de faire découvrir le Tai Chi aux chinois…

C’est généralement celle qui est pratiquée matinalement par les chinois dans les parcs. Sans minimiser son impact prophylactique sur la population, il est évident qu’elle n’a pas grand-chose à voir avec les enseignements transmis au sein de la lignée et la présenter comme le style Yang simplifié est un abus de langage car elle est en fait constituée à partir des styles Yang, Wu et Sun. 

2/3-à suivre…

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