Histoire des matériaux

L’histoire mythique du Yi King, communément admise jusqu’à très récemment, peut se résumer de la façon suivante :

  1. le légendaire Fou Hi invente ou découvre sur le dos d’un animal fantastique les trigrammes répartis suivant l’arrangement dit du Ciel Antérieur.
  2. le roi Wen crée, en superposant les trigrammes deux à deux, les 64 hexagrammes et rédige un texte explicatif pour chacun.
  3. le duc Tchéou rédige un texte qui commente plus précisément chacun des traits de l’Hexagramme.
  4. Confucius ajoute un commentaire général sur les matériaux du Yi King.
  5. Le Yi King que nous connaissons est alors constitué.

L’histoire est plaisante, mais fantaisiste.
Elle souligne simplement le besoin pour les chinois de rattacher cet ouvrage à une lignée de personnages mythiques et fondateurs afin d’en accentuer l’importance.
Ce procédé fut fréquemment utilisé dans l’histoire de la Chine ancienne et contemporaine.

Les travaux de nombreux chercheurs orientaux et occidentaux (archéologues, historiens, linguistes …) nous proposent une version moins merveilleuse mais plus réaliste. En voici résumée la chronologie :

  1. Textes oraculaires issus de traditions plus anciennes, qui forment les plus anciens textes du Yi King.
  2. Création des hexagrammes par modification progressive des modes de numération.
  3. Création des trigrammes (Kuas) par leur « extraction  » du cœur des hexagrammes.
  4. Création de l’arrangement de trigrammes appelé Ciel Postérieur.
  5. Création de l’arrangement appelé Ciel Antérieur.
  6. Organisation des éléments constitutifs du Yi King que nous connaissons actuellement.

Nous pouvons oublier le rôle de Confucius car il n’a jamais eu l’occasion de tenir un Yi King entre ses mains puisque celui-ci n’apparaîtra que quelques siècles après sa mort…

Ce résumé permet de constater que l’histoire mythique et la réalité historique sont presque en opposition complète.

Il est néanmoins intéressant de comparer ces deux chronologies.
La version traditionnelle propose une démarche qui partant de l’unité, un savoir à priori, tend vers la multiplicité, la compréhension des phénomènes dans leur infinie variation.

A l’inverse, la version historique nous mène de la multiplicité, l’observation des phénomènes dans toute leur variété, vers l’unité, les lois de l’univers représentées en deux agencements de trigrammes, le Ciel Postérieur et le Ciel Antérieur.

 Le bon sens ne peut qu’accepter cette démarche que l’on pourrait qualifier de scientifique, avant l’heure…

Une analyse plus poussée de la symbolique du Yi King met en évidence deux traditions :

  • une tradition propre aux textes, oraculaire par nature.
  • une autre, propre aux figures (Hexagrammes et Trigrammes) constituée plus tardivement.

Celle-ci semble liée par son esprit aux Ecoles des 5 Eléments ainsi qu’aux écoles de l’Alchimie Taoïste .