D’élève à professeur de Tai Chi : un cheminement

 

  • Pour quelles raisons vient-on au Tai Chi ?

On aborde la pratique du Tai Chi d’abord pour soi. Les motivations sont variées : travail corporel, énergétique, méditatif, martial ou plus simplement gymnastique douce. 

Chacun va entrer par une porte différente et au fil du temps découvrir dans les multiples facettes de cet art des aspects qui dépassent les motivations initiales. 

Qui est venu pour de la gym douce découvrira une approche énergétique. Qui est venu pour la méditation découvrira l’implication du corps dans nos états internes etc…

Progressivement, la pratique fait son œuvre : une structure corporelle qui s’équilibre, une colonne vertébrale qui se redresse, des tensions musculaires et douleurs articulaires qui s’estompent, un surcroît  d’énergie, un calme intérieur qui s’installe, une respiration qui se libère… 

Mais il n’y a pas de voie rapide, la pratique et le temps sont nécessaires. 

  • Pourquoi s’orienter vers une lignée reconnue en Tai Chi Chuan ?

L’enseignement traditionnel repose sur des siècles d’expérience qui ont structuré une approche méthodique et rigoureuse. Les lignées ont exploré de nombreuses voies et ont transmis à quelques-uns la cartographie des chemins qui mènent à des résultats tangibles et de ceux qui aboutissent à des impasses. Ainsi, les niveaux d’enseignement s’enchainent rigoureusement pour guider le pratiquant dans la construction de bases fiables et durables. Les réglages s’affinent, conduisant à des expériences de plus en plus profondes et précises.

Reconstruire une structure corporelle et rééquilibrer un système énergétique prend du temps. Le corps n’est pas une voiture dont on change une pièce défectueuse. On doit suivre son rythme de réorganisation avec patience et bienveillance.

Bien sûr, ce temps ne correspond pas vraiment à la tendance actuelle qui propose le mirage du « tout de suite et sans effort ».

  • Comment passer de la passion du Tai Chi à la compétence ?

La pratique suscite chez quelques-uns le désir d’enseigner. Désir louable et légitime. Mais il est évident qu’avant de transmettre il faut avoir soi-même suivi le chemin d’un corps qui s’aligne, d’une respiration qui trouve sa place, d’énergies qui s’installent dans de nouveaux équilibres durables… Il faut avoir soi-même exploré des impasses, découvert des voies, compris la cohérence des enseignements traditionnels. Et cela prend du temps.

Autant on ressent rapidement les bienfaits de la pratique, autant il faut une vraie maturation pour faire un enseignant compétent.

On ne fait pas grandir une plante plus rapidement en tirant dessus.

Certains débutent la pratique du Tai Chi avec rapidement le projet de devenir enseignant et posent alors la question du temps nécessaire pour y arriver. Question à laquelle on ne peut fournir qu’une réponse : personne ne le sait. Combien de temps faut-il pour régler des problèmes de structure et rééquilibrer des systèmes énergétiques ? Combien de temps faut-il pour explorer les différentes facettes d’un art ?  Combien de temps faut-il pour s’approprier la logique de la progression et l’inscrire dans son corps ? Annoncer une durée est inconséquent et ne pointe que le manque de sérieux de l’enseignant qui formule cette réponse. Chacun a son propre rythme pour mettre tout cela en place. 

La passion ne mène à la compétence que si elle s’enracine dans de solides bases.

  • Alors que penser de ces enseignants qui proposent des formations de professeurs de Tai Chi en 2 ou 3 ans à raison de 5 ou 6 week-ends par an ? 

– qu’ils n’ont eux-mêmes que peu de choses à enseigner ou que leur exigence est très approximative ?

– qu’ils souhaitent attirer des élèves par un moyen à l’éthique contestable ou qu’ils espèrent une bonne affaire financière ?

– un peu de tout ça en même temps ?

Quelle que soit la discipline, qui peut imaginer sérieusement que l’on puisse former un enseignant compétent en 2 ou 3 ans ?

  • Que pourront proposer des enseignants de Tai Chi formés dans ce type de cursus ?

Ils n’auront que 2 ou 3 ans de transmission possible auprès de leurs futurs élèves (3 ou 4 ans en délayant) et mèneront ceux-ci vers une déception qui les conduira à décrocher en se disant que le Tai Chi est une pratique sympa mais dont on a vite fait le tour. Les élèves les plus motivés iront voir ailleurs tandis que les autres exploreront en boucle les mêmes impasses jusqu’à la lassitude finale.

Deux ans d’avance sur des élèves et donc aucun recul ne permettent pas de guider sérieusement un pratiquant.

Cela se traduit au mieux par un apprentissage qui ne mène nulle part, au pire par des problèmes mécaniques et énergétiques. Certains, pour perdurer, bricolent un enseignement en y intégrant des techniques empruntées à droite à gauche emballées dans un discours « new age ». Les plus inconscients formeront eux-mêmes des « professeurs »…

L’aspect le plus triste de ces formations-fastfood est qu’elles touchent la plupart du temps des personnes dont l’engagement est sincère mais qui, d’une certaine façon, se font abuser. 

Deux ou trois années de formation pour devenir enseignant équivaut à connaître seulement l’alphabet et se croire professeur de littérature….

  • Bon… d’accord…  mais combien de temps pour devenir professeur de Tai Chi Chuan ?

Si j’en crois l’expérience de mes différents maîtres ainsi que 40 années d’enseignement et de formation de professeurs au sein de l’Institut de Tai Chi-Lyon, il est raisonnable d’envisager au moins 6 ou 7 ans de pratique assidue et de motivation sérieuse pour se lancer avec le minimum de compétences nécessaires. Bien sûr, cela suppose de recevoir un enseignement traditionnel authentique et de l’avoir intégré. D’où la nécessité de se tourner vers une lignée traditionnelle construite sur une transmission vérifiable de maître à disciple. Il ne suffit pas d’avoir été élève de maître Untel. Seuls les disciples reconnus reçoivent une transmission complète. (voir le texte « Maîtres et disciples »). Mais ce n’est que la base qui prépare à une formation approfondie.

Dans des disciplines aussi profondes que le Tai Chi mais aussi le Yoga ou la Méditation, emprunter une voie rapide ou brumeuse finit toujours par une sortie de route… 

 

Jean Pierre

Tous les articles en cliquant ici