Maîtres et disciples dans la lignée Yang

 

Les notions de lignée, de maître et de disciple sont plus ou moins familières aux occidentaux mais nécessitent cependant quelques précisions.

En Tai Chi, comme dans la plupart des arts martiaux chinois, le terme de disciple signifie qu’une personne est la représentante officielle d’une lignée, nommée par un disciple de la génération précédente en charge de la transmission.

Ce statut est officialisé lors d’une cérémonie avec témoins durant laquelle des documents sont établis, attestant de ce rattachement à la lignée.

C’est un acte particulièrement important car il désigne le représentant auprès de la génération suivante et ne peut être remis en cause.

Le statut de disciple officiel comporte des devoirs, comme le respect de la lignée et de la tradition qu’elle véhicule mais aussi des droits, comme celui de choisir ses propres disciples le moment venu afin que la tradition perdure.

Ceci explique qu’il n’y a traditionnellement que 3 ou 4 personnes habilitées par génération car il ne s’agit pas seulement d’une bonne compréhension des enseignements mais aussi du sens de la responsabilité et de l’éthique qu’implique ce statut.

Ce titre est le seul qui rattache officiellement une personne à la lignée.

Certains maîtres contemporains ont instauré un statut intermédiaire d’apprenti-disciple signifiant que la personne n’est plus tout à fait un élève comme les autres mais pas encore un disciple à part entière. Une sorte de classe préparatoire qui débouchera, ou non, sur le titre officiel.

Bien qu’en occident les termes d’élèves et de disciples soient souvent confondus, en Chine, on peut être élève toute sa vie et éventuellement maître, sans jamais être disciple officiel.

Le terme de maître (Sifu ou Lao She) mérite lui aussi quelques éclaircissements.

Traditionnellement en Chine, toute personne qui enseigne reçoit de ses élèves le titre de maître en marque de déférence.

C’est aussi un titre échangé entre pairs en signe de respect et de reconnaissance mutuelle.

Où la situation devient ambiguë c’est que l’on peut porter le titre de « maître » sans être disciple (dans le sens de représentant officiel d’une lignée). Il suffit d’avoir un bon niveau dans son art et des élèves qui vous nomment ainsi.

Autant le titre de disciple réfère à un statut précis, autant celui de maître possède des contours assez flous. Dans la lignée Yang, le titre de maître n’est jamais attribué de façon formelle, comme l’est celui de disciple.

A titre d’exemple, maître Chu King Hung portait ce titre, largement mérité, des années avant d’être accepté comme disciple officiel par Maître Yang Sau Chung .

Il est d’ailleurs significatif que dans les généalogies officielles, les personnes soient présentées comme 1er, 2ème ou 3ème disciple de tel maître mais jamais comme 1er, 2ème, ou 3ème maître.

Il existe en occident des disciplines martiales qui décernent le titre de maître à partir du 5°, 6° ou 7° Dan selon les écoles. Ceci atteste d’un niveau élevé mais pas nécessairement du rattachement officiel à une lignée.

Par ailleurs, certains maîtres contemporains décernent ce titre honorifique à des personnes qui ne sont pas obligatoirement disciples mais qui, élèves de longue date et de bon niveau ont rendus de nombreux services en diffusant l’enseignement, écrivant des livres etc…

D’où il ressort que le titre de disciple est en fait plus significatif au regard d’une lignée et d’une tradition que celui de maître, bien que l’imaginaire occidental ne le rêve différemment.