Yin Yang et Tai Chi -1

Le Yin Yang : fondements théoriques et pratiques du Tai Chi Chuan

Tai chi et yin yang

Yin Yang et Tai Chi

Le Yin Yang est une notion propre à la civilisation chinoise depuis plus de 2500 ans. Cette théorie a irrigué toute la culture, de la philosophie à la médecine, de l’art du pinceau à l’art de la guerre et du Feng Shui au Tai Chi Chuan. Très souvent citée, elle est aussi assez mal comprise car réduite la plupart du temps à des tableaux d’exemples simplistes, éloignés de la vision dynamique et unifiée qu’elle véhicule.

Sens des idéogrammes

Deux dictionnaires franco-chinois, Le Ricci et le Couvreur nous permettent d’approcher le sens de Yin et de Yang.
Ces ouvrages donnent les sens suivants pour le Yang :

– soleil au-dessus de l’horizon
– mouvements saccadés de banderoles agitées par le vent
– rayons, jets
– versant de la colline exposé au soleil.

Et pour le Yin :

– nuages en abondance 
– croître en abondance
– au-dessous, sous le toit, fertilité associée à la pluie
– versant de la colline ombreux.

Lorsque le couple Yin-Yang est représenté graphiquement, il l’est par un cercle divisé en deux moitiés semi-circulaires, noire et rouge à l’origine puis noire et blanche de nos jours et qui porte le nom de « Tai Chi T’u ». Ce terme se traduit généralement par « Faîte suprême » et fait référence à la fonction créatrice du Tao. Nous y reviendrons plus longuement dans la deuxième partie de cet article.
Ce sont ces idéogrammes qui composent le nom Tai Chi Chuan, art martial traditionnel, et qui peuvent se traduire littéralement par « le poing du Faîte Suprême » ou la « boxe du Faîte Suprême ».

Histoire du Yin Yang

L’histoire du yin yang se perd dans la nuit des temps. Elle trouve certainement ses racines dans les cultures chamaniques anciennes, protohistoriques. La première trace de cette théorie semble remonter à l’époque dite des Printemps et des Automnes qui débuta au VIII° siècle avant notre ère. Selon le Guoyu, traité qui relate l’histoire des royaumes, un nommé BoYang Fu tentait déjà d’expliquer à cette époque les séismes par la théorie du Yin Yang.
Tous les historiens ne sont pas d’accord sur cette version. Certains pensent que yin et yang existaient séparément dans la langue chinoise et qu’ils ont été théorisés comme couple interdépendant au IV° siècle avant notre ère par un dénommé Zou Yan.

Quoi qu’il en soit, cette théorie, dans ses développements médicaux, fut intégrée dans le corpus d’enseignements dispensés par l’Académie Impériale de Médecine au début de la dynastie Han (-206 à 221 après notre ère).

On peut raisonnablement supposer que les Chinois, peuple de cultivateurs, même s’ils ne l’ont pas approfondi dans des écrits avant le IV°siècle, devaient certainement l’avoir intégré dans leur mode de pensée. D’abord en observant l’alternance du jour et de la nuit puis des saisons. Travaillant la terre, ils ont associé le jour à l’action (yang) et la nuit au repos (yin), l’action à l’extérieur (yang) et le repos à l’intérieur, sous le toit (yin). Notons que les idéogrammes contiennent le radical de soleil pour le Yang et de pluie pour le Yin, éléments essentiels dont l’équilibre conditionne les récoltes. 

Le référentiel Yin Yang

Le couple yin yang n’a en lui-même aucun sens. Il exprime seulement une forme de dialectique où le caractère opposé de deux propositions forme une unité dont les termes apparemment contradictoires sont indissociables.

L’image de la montagne dont un versant est exposé au soleil et l’autre à l’ombre est fréquemment utilisé pour définir la relation de complémentarité existant entre le yin et le yang. Elle permet de comprendre que sans le référent « montagne », la notion de Yin-Yang n’existe pas puisqu’elle ne s’applique à rien. Mais cela permet aussi de comprendre que la seule existence de cette montagne induit deux termes se répondant dans une relation dialectique.

Lorsque l’on raisonne à partir du Yin Yang, il est indispensable de définir précisément le référent utilisé pour décrire leur relation. Autrement dit, il est possible de comparer deux références spatiales (haut/bas) ou temporelles (jour/nuit) mais il est impossible de comparer le haut et la nuit ou le bas et le jour. Beaucoup d’incompréhensions à propos de ce système de pensée proviennent du manque de rigueur dans la définition du référent retenu.

Le soleil et la lune

Les idéogrammes du Yin et du Yang contiennent tous deux le radical « vapeur, énergie » qui désigne les vapeurs s’élevant de la terre pour former les nuages ainsi que l’idéogramme Soleil pour le Yang et Lune pour le Yin. Cela souligne que Yin et Yang sont de même origine, « vapeurs s’élevant du sol » mais différents puisque l’un se réfère à la lumière émise (soleil) et l’autre à la lumière réfléchie (lune).

Si pour le couple soleil/lune nous considérons la lumière comme terme de référence, alors le soleil émet (yang) et la lune réfléchit (yin). Ces deux modalités (émission/réflexion) sont dans une relation indissociable et complémentaire : la lumière en elle-même n’est généralement pas visible, elle ne le devient que par les surfaces qui la réfléchissent et donnent formes et couleurs à notre monde.

Si nous prenons le référent température, alors le soleil est yang car chaud et la lune yin car froide. Mais la classification de la lune en yin n’est qu’une valeur relative de comparaison car elle possède une face très chaude (yang) éclairée par le soleil et l’autre glaciale (yin) puisque dans l’ombre. 

De ceci il ressort que Yin et Yang sont absolument complémentaires et inséparables, chacun se définissant par rapport à l’autre et chacun dépendant de l’autre pour son existence. L’aspect mis en évidence par ces comparaisons relatives est que tout phénomène, yin ou yang, contient en lui-même une part de son opposé/complémentaire. Rien n’est tout yin ou tout yang.

Cette approche du monde, sous une apparente simplicité, a été poussée à un très haut degré de complexité par la médecine chinoise comme nous le verrons plus loin. 

Correspondances associées au Yin Yang

Comme il a été dit précédemment, le terme Yin-Yang n’a pas de sens en lui-même. Il exprime simplement une relation dialectique entre deux choses dont il faut définir auparavant ce qui permettra de les comparer. Afin de mieux comprendre cette notion, voici quelques exemples classiques (le yang est cité en premier) : Ciel /Terre, soleil/lune, émission/réflexion,  feu/eau, chaud/froid, haut/bas, jour/nuit, été/hiver, subtil/dense, mouvement/immobilité, expansion/concentration, extérieur/intérieur, face postérieure/face antérieure, actif/passif, centrifuge/centripète, ce qui crée/ce qui croît, monter/descendre, énergie/sang (en médecine chinoise), surface/profondeur, expir/inspir, homme/femme, etc… (selon ces classifications, l’homme dont l’appareil sexuel est principalement externe s’est vu associé au Yang tandis que la femme dont l’appareil sexuel est principalement interne s’est vue associée au Yin). 

La liste est infinie.

Ces exemples nous signifient que le couple Yin-Yang exprime essentiellement la relation et l’interaction entre 2 états, 2 dynamiques, 2 temps ou 2 espaces. 

En aucun cas ce couple ne traite d’une hiérarchie, d’un jugement de valeur ou d’une quelconque notion de bien et de mal comme cela a été parfois interprété lors de l’arrivée de ce concept en occident.

Illustrons le concept d’alternance et d’équilibre du yin et du yang par l’étude d’un jour.

Minuit correspond au yin maximum tandis que midi marque le yang maximum. Le passage de minuit à midi voit progressivement le yin décroitre tandis que le yang se déploie. De même pour le passage de midi vers minuit, où le yang décroit et le yin se déploie. Il existe entre ces points extrêmes deux phases où yin et yang sont en mêmes proportions : l’aube et le crépuscule. Equilibre apparent si nous arrêtons le temps mais de dynamismes différents puisque chacun se dirige vers son maximum. Nous avons donc 4 phases principales correspondant à 4 proportions : le yin maximum, le yang naissant, le yang maximum et le yin naissant. Yin et Yang extrêmes ne sont que deux états éphémères car ils contiennent en eux-mêmes le germe de leur opposé/complémentaire. C’est ce que signifient les deux points de couleurs opposées contenus dans les deux moitiés Yin Yang du symbole. 

Rythme circadien, cycle des saisons, cycle de vie, cycles énergétiques décrits par la Médecine Traditionnelle Chinoise etc… tous répondent à cette vision dynamique.

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Suite le 1er octobre

Jean Pierre

Cayrol Jean Pierre