Le Qi -1

Le Qi (ou Chi) dans la culture chinoise.

Le Qi

L’idéogramme Qi (ou Chi)

Le concept de Qi est très ancien en Chine. 

Le premier idéogramme qui le traduit date de la dynastie Zhou (-1046 à -256).
A cette époque le sens général de cette graphie évoquait la notion de brume, de vapeur ou de courant aérien 气. Le Qi n’était conçu que dans son immatérialité, dégagée de tout lien de dépendance à la matière dense.

Plus tard, à l’époque des Royaumes combattants (-403 à -256), cet idéogramme représentait du riz sur le feu et une personne agenouillée que l’on peut imaginer en train de manger. Ceci nous ramène au lien établi entre ce que l’on mange et l’énergie dont on dispose. Le Qi s’enracine un peu dans la matière.

Puis à l’époque Han (-206 à +220), le Qi est désigné par les caractères vapeur 气 sur le feu 火. Retour à l’immatérialité du Qi.

Sous la dynastie des Song (960 à 1279) le caractère prend la forme qu’il conservera jusqu’à la simplification des caractères de l’époque moderne, à savoir la vapeur 气 qui émane du riz 米 lorsque celui-ci est cuit : 氣.
L’époque des Song entérine le lien entre Qi et alimentation. Malheureusement, en faisant cela, elle occulte les autres Qi plus subtils tels que le Qi de la respiration ou les Qi cosmiques (rayonnement cosmique etc…)

La simplification des caractères réalisée au 20 ème siècle ne conservera que la partie courant atmosphérique, nuée, vapeur 气.
Elle rejoint en cela le sens ancien qui soulignait son aspect immatériel.
Ces changements de graphies réalisés au fil du temps nous permettent de suivre la pensée qui a servi de cadre à l’élaboration de la notion de Qi.

Tout comme le yin yang, la notion de Qi imprègne la culture Chinoise. On la retrouve en philosophie, cosmologie, médecine, dans les pratiques méditatives, le Tai Ji, le Feng Shui, le Qi Gong etc… et jusque dans la peinture et la calligraphie où elle devient l’un des référents qui servent à qualifier et expliquer une œuvre.

La traduction de ce concept en français n’est pas chose facile car il n’existe pas de terme équivalent. 

L’idéogramme est la plupart du temps traduit par Souffle ou Energie. Les deux conviennent globalement, même s’ils ne recouvrent pas totalement ce que les anciens Chinois ont mis derrière cette notion.

Parmi les langues occidentales il faut se tourner vers le grec ancien pour trouver un terme qui pourrait correspondre à celui de Qi : le Pneuma. Celui-ci est associé à la notion de Souffle ou de Souffle vital. Le philosophe Aristote le conçoit comme principe premier, responsable de l’unité de l’univers et l’animant dans son ensemble. 

Ce qui est très proche de la représentation qu’en fournit la cosmologie chinoise ancienne.

Le sanskrit possède aussi un mot, Prana, largement utilisé dans la philosophie védique, fondement de l’hindouisme, et qui évoque la notion de Souffle, de souffle vital, d’énergie subtile. Ce terme semble aussi très proche du concept de Qi dans la culture Chinoise.

La cosmologie chinoise ancienne

L’approche taoïste nous renseigne sur le sens de Qi en proposant une vision de l’univers qui à bien des égards rejoint la physique contemporaine.
A l’origine, on trouve le Wu Ji qui peut se traduire par « sommet du néant ». Cela ne signifie pas qu’il n’existe rien, mais que ce qui existe ne peut être décrit en termes de qualités ou de quantités. Ceci fait référence à un état d’indifférenciation qui contient tous les potentiels avant leur actualisation et qui ne peut être ni nommé ni conceptualisé.
Le Qi est conçu comme potentiellement présent au sein du Wu Ji mais sans existence manifestée, pas plus que le temps, l’espace ou la matière.
Un mouvement au sein du WuJi donna naissance au Qi primordial.
Sa manifestation se déclina en une succession de Souffles, des plus subtils d’abord aux plus grossiers ensuite selon la dialectique Yin Yang. De ce moment, les relations entre les pôles Yin et Yang engendrèrent tout ce que contient l’univers.
Cette représentation est intéressante à plus d’un titre. Elle nous signifie d’abord l’existence d’un Souffle premier, Yuan Qi, d’où tout procède et nous précise que ce Souffle ne parcourt ni ne baigne l’univers mais qu’il est l’univers lui-même. Le deuxième point important véhiculé par cette représentation est que l ‘énergie et la matière ne sont que deux aspects de ce Souffle primordial avec une chronologie qui va de l’énergie vers la matière. D’abord le subtil, ensuite le grossier ou le dense. Cela fonde l’une des idées majeures du taoïsme qui ne conçoit la matière que comme une forme temporaire de l’énergie.

Nombre de textes taoïstes se veulent plus précis en affirmant que la matière n’est qu’une sorte de dégradation de l’énergie, du subtil vers le grossier et qu’il y a une continuité totale entre ces deux éléments. Ils réfutent par là même une quelconque séparation entre énergie et matière et ne considèrent que la progression qui mène de l’un vers l’autre, là aussi dans une relation dialectique Yin Yang.
Ces mêmes écrits précisent que la forme (Xing) et par extension le corps, ne sont qu’une agrégation provisoire d’énergie (Qi), soumise à un cycle permanent de transformation.
C’est ce qui fait écrire à Zhang Cai, philosophe néo-confucianiste de l’époque des Song que lorsque le Qi se condense il forme tous les êtres et lorsqu’il se disperse il retourne au Wu Ji. Et aussi que chaque naissance étant une condensation de Qi et chaque mort, une dispersion de celui-ci, alors la naissance ne peut être considérée comme un gain, pas plus que la mort n’est une perte.
Six siècle plus tard Wang Fu Qi (1619-1692) autre philosophe néo-confucianiste, ajoutera que malgré la condensation et la dispersion du Qi, sa substance ne peut être ni augmentée ni diminuée.

En résumé, la cosmologie chinoise ancienne nous mène du WuJi, « sommet du néant » à l’énergie primordiale (Yuan Qi) puis à l’énergie (yang), puis à la matière (yin) comme condensation de l’énergie et donc à l‘apparition des formes (Xing). 

Notons que les philosophes d’appartenance confucéenne ne partagent pas dans leur majorité l’idée du taoïsme à propos du WuJi. Pour ces penseurs, la réalité ultime et éternelle reste le Qi primordial, se manifestant suivant le principe Yin Yang et il n’est pas besoin selon eux de recourir au concept de WuJi d’où tout émerge et où tout retourne. 

A ce jour, il semblerait que la physique quantique donne plutôt raison à la vision taoïste.

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Jean Pierre

Cayrol Jean Pierre