Tai Chi et Musique-1

Les liens entre le Tai Chi et la musique. Ou comment deux arts exigeants se nourrissent mutuellement.

tai chi et musique

Tai Chi et musique : la recherche de l’harmonie

L’Institut de Tai Chi compte dans ses rangs bon nombre de musiciens. Artistes professionnels ou amateurs avisés : Ténor, Violonistes, Pianistes, joueurs de Flûte, Hautbois, Clarinette, Saxo, Cornemuse, Kora, Harmonica …. Tous évoquent les nombreux points communs aux univers du Tai Chi et de la Musique. Nous avons exploré avec eux ces points de résonance et en quoi la pratique du Tai Chi a pu nourrir et enrichir leur pratique musicale. 

Nous aborderons ce sujet en deux articles :

  1. Corps et mouvement juste (précision de la posture, ancrage, fluidité du geste)
  2. Recherche de l’harmonie (Yi et présence, énergie, etc…)  

Tai Chi et musique : la posture 

Qu’il joue debout ou assis, le musicien est confronté à des problèmes de posture : il doit tenir des positions statiques prolongées auxquelles l’instrument ajoute ses contraintes (asymétrie pour les cordes, la flute traversière, etc…). La pratique quotidienne et exigeante du musicien tend à générer puis à entretenir tensions musculaires et verrouillages articulaires. Devenues habituelles, ces tensions sont gérées avec plus ou moins de succès et entravent la fluidité du geste.

La réalisation d’un mouvement juste, martial ou musical, se fonde sur une posture physique équilibrée et stable. Sur ce point, la pratique du Tai Chi et des Chi Kong permet rapidement une mobilisation douce et néanmoins profonde du système tendino-musculaire. Les chaines musculaires, mieux équilibrées, réalignent les segments osseux et gomment les compensations générées pour le maintien de la posture. Ces aspects sont développés dans un précédent article (Bienfaits du Tai Chi). La perception du schéma corporel s’affine en même temps qu’il devient plus cohérent. 

Pour le musicien, la pratique du Tai Chi se traduit donc en premier lieu par une évolution du rapport au corps : les tensions sont plus facilement identifiées, comprises et ainsi plus facilement déliées. 

Le travail postural impacte aussi directement l’espace respiratoire.

Les techniques respiratoires sont très développées pour la pratique du chant, des instruments à vent et interviennent également dans la réalisation du phrasé musical. La pratique de la forme et des Chi Kong agit très rapidement sur la mobilité du diaphragme, libérant par là même l’espace respiratoire. Certains décrivent qu’une sensation physique d’ouverture s’installe dans le haut du corps, nourrit l’amplitude et la qualité du son. Tout comme en Musique, la place donnée à l’espace respiratoire est fondamentale dans la pratique du Tai Chi, et participe à la circulation de l’énergie dans tout le corps. 

Cette capacité nouvelle à regarder la posture peut également être utilisée comme outil pédagogique auprès des jeunes musiciens, pour les aider à imager les postures. Dans ce cadre, l’utilisation d’exercices taoïstes constitue une préparation originale à la pratique musicale. Quoi de mieux pour se laisser surprendre et aborder la pratique autrement, avec une qualité nouvelle.

Ainsi donc, la structure physique se pose, le bassin reprend sa place, la colonne vertébrale retrouve une verticalité et les asymétries s’estompent. 

Cette structure doit cependant trouver son appui au sol, tout en permettant l’expression d’une grande fluidité. C’est ce qu’expriment deux calligraphies qui se côtoient dans notre salle de Tai Chi pour décrire les fondements même de la pratique : l’ancrage « Immobile comme la montagne » et la fluidité « Mouvant comme le fleuve ».

Tai Chi et enracinement : « Immobile comme la montagne »

L’ancrage recouvre des notions de solidité corporelle et de concentration. 

La posture du musicien est celle d’une montagne, elle doit être stable, ancrée dans le bas du corps, constituant une assise solide et mobile à la tenue et à la verticalité de la colonne vertébrale. 

Les techniques d’enracinement du Tai Chi chuan renforcent le rapport du corps avec la Terre.

Les jambes deviennent toniques tout en restant souples. 

Cet enracinement procure au musicien une grande stabilité physique, dégage la respiration et permet d’accompagner le mouvement musical en libérant la mobilité des épaules et des bras. 

Cette qualité d’ancrage procure une qualité de présence particulière qui améliore le rapport à soi et à l’instrument de musique. Ne dit-on pas que le son a « du corps ».

La recherche du geste juste : « Mouvant comme le Fleuve »

La musique est mouvement, elle est indissociable d’une exigence technique de souplesse, que va indéniablement alimenter la pratique du Tai Chi. Le geste devient plus « ergonomique » : tout en nécessitant moins d’efforts, il gagne précision, vitesse et force. 

A l’instar du Yin-Yang, la phrase musicale se construit sur l’alternance de ces deux dynamiques naturelles: interagissent alors appuis et rebonds, tensions et calme, force et délicatesse …

Associée à la notion de lâcher-prise, la répétition du mouvement permet de fondre le jeu dans cette dynamique Yin-Yang jusqu’à l’intégrer dans le corps, jusqu’à atteindre la plus grande fluidité du moment musical, jusqu’à ce qu’il « coule de source ».

Alors, tout comme l’eau qui inlassablement polit la pierre, le musicien sculpte son geste pour en révéler la pureté et ouvre le chemin à la pure expression.

Des liens profonds

A la recherche du geste parfait, le musicien trouvera dans la pratique du Tai Chi les fondamentaux lui permettant d’ancrer son jeu dans le corps, de renforcer son dynamisme et se familiariser avec la notion de lâcher-prise afin de libérer sa pleine dimension artistique.

Nous verrons dans l’article suivant comment la pratique musicale peut également se nourrir d’éléments plus subtils : développement de l’Attention, de l’énergie, de la présence à l’instant, …

Nous remercions les musiciens professionnels ou amateurs éclairés qui ont partagé avec nous leur longue expérience de ces deux arts :

  • Béatrice au violon
  • Philippe à la cornemuse et hautbois
  • Fanny au violon
  • Aliette au piano
  • Jérémie au saxo et à l’harmonica
  • Jean Marc aux claviers
  • Davy, ténor
  • Hervé à la kora et au chant
  • Franck au piano
  • Stéphane à la clarinette

Stéphane

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